Espace Jean Racine
Rue Ditte
78470 Saint-Rémy lès Chevreuse

Tarif : 28 €
BILLETTERIE

Aussi disponible en
billlet COMBO avec Grainne Duffy ou Natalia M. King

Coup de cœur du programmateur

Cet artiste est en pleine évolution, il ne faut pas passer à côté de cette impulsion qui le pousse à rechercher ce qui va droit au cœur, à cette force qu’il possède et lui permet d’installer en quelques mots, en quelques notes, ce climat musical si propice à l’échange.

Présentation

Né d’un père italien et d’une mère française, habitué, très jeune, aux allers retours entre la France et les États-Unis, Européen de fait, Charles Pasi a signé en 2015 chez Blue Note, pour trois albums. Blue Note, hein, le vrai, le seul, le label mythique aujourd’hui dirigé par Don Was. Charles Pasi, unique chanteur français à pouvoir en dire autant. Il y avait bien eu un disque posthume de Nougaro. C’est tout. Avant, le trentenaire avait écumé les routes du monde, pour défendre “Sometimes Awake”, son album précédent, sorti en 2013. France, Europe, Chine et Neil Young qui décide personnellement de l’emmener sur ses dates hexagonales, cinq Zénith et un Bercy durant l’été 2016. Sans bruit, sans campagne médiatique démentielle, voilà plus de dix ans déjà que Charles Pasi contourne les codes, slalome entre les piquets de l’évidence pour écrire sa propre destinée. Un harmonica, une plume et un coeur qui déborde. Le sentiment qu’il est là pour ça. Sa musique a cette force, rare, de pouvoir convoquer tous ceux encore capables de s’émouvoir.

Son nouvel album, à l’intensité élégante et aux couleurs mouvantes, est à la fois très arrangé et très épuré: “Je trouvais que les chansons tenaient bien en fait d’où cette volonté d’épure. Je ne voulais pas d’artifice. Ce n’est pas le moment je pense. Je trouve ce disque plus percutant, plus direct, plus abrasif. C’est plus moderne, dans le sens où la rythmique joue un rôle central, basse et batterie. Épurer n’a jamais signifier facilité ou paresse. J’ai énormément bossé pour accéder à ce résultat.” Il fallait aller à l’os, élaguer, viser le coeur. L’heure n’est plus aux caprices, aux lourdeurs, au camouflage, aux gimmicks pénibles. Il le sait, lui qui vit entre Paris et Nice depuis 2014. Il n’a évidemment pas oublié les tragédies récentes. Il n’a pas repris simplement le cours de sa vie, presque comme si de rien n’était. Il n’a rien effacé. La chanson “Shoot Somebody” (également disponible sur l’album dans une version acoustique à tomber) vient un peu de là: “Ces évènements, ça m’a bouleversé, presque paralysé… Et on en revient à ce paradoxe: dans la même ville, tu as un gamin qui veut aller chanter, danser et un autre qui veut sortir pour tirer. Il n’y a que la ville pour édifier ce genre de paradoxes. La ville, c’est un système de bouleversements systématique.” Il a tout composé, tout écrit, il joue de l’harmonica bien sûr et de la guitare acoustique. Il livre aujourd’hui son disque le plus abouti, le plus vivant. Le disque d’un jeune homme qui refuse la simplification.

C’est un disque de sang, de tripes, d’âme et de conscience. Un disque vivant, oui. Malgré ses doutes, ses zones d’ombre, ses failles. Grâce à eux, même! “On m’a parfois taxé de sombre. Oui, j’assume la mélancolie qui peut affleurer dans le disque. Peu importe dans l’absolu. Quand tu fais un disque, quand tu fais de la musique, ce n’est pas, jamais, un acte sombre. C’est un acte de toute façon lumineux. C’est vivant. Le mec qui a envie de se balancer par la fenêtre, il ne pense pas à ses chansons. La musique, c’est la vitalité, l’envie de vivre, une catharsis, évidemment…” Et on comprend alors mieux pourquoi les chansons de Charles Pasi transportent autant. Elles doivent beaucoup à une honnêteté viscérale et à la simple volonté de n’être qu’elles-mêmes. Elles ne trichent pas, elles grandissent, là, en direct, elles prennent vie avec une classe et une force indéniables.

Quand Charles Pasi abandonne le micro, cette voix jonglant entre confidence et gospel de bitume, il chante encore, avec son instrument fétiche, son harmonica, il chante des choses qui ne sauraient mentir.

Charles Pasi possède cette chose rare en cette époque troublée: un regard sans jugement. Une poésie à l’équilibre fragile, qui raconte ce monde à la fois beau et effrayant, immense et minuscule, passé et futur, adorable et à brûler.

Blues, soul, pop, d’entrée, on ne sait pas, on ne sait plus et on comprend que les étiquettes n’ont ici aucune importance. Ce n’est pas le problème, ça n’a jamais été le problème. Faut-il définir absolument une chose pour se donner le droit de l’aimer? Il cite d’ailleurs en souriant Duke Ellington: “Il n’y a que deux styles de musiques: la bonne musique et la mauvaise musique”. Comme il a raison.